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mardi 10 avril 2012

Journal économique de Jean-Baptiste André - 4



1790 à 1842

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Épisode 4
Novembre et décembre 1790

Novembre 1790
[Page 6]

11 novembre
Tout le vin a été enfûté dans le grand cuvage des pièces où l’on en a mis quarante. Il faut encore du vin pour les achever de remplir.
Il y a eu aujourd’huy une inondation très considérable. Depuis quatre jours jusqu’aujourd’huy à midi, il n’a cessé de pleuvoir. La terre déjà mouillée auparavant, toute cette eau s’est trouvée surabondante. Le ruisseau avait grossi prodigieusement, il s’en est délaissé une partie entre le pré Rouger et la garenne. L’eau est un peu entré dans le pré Rouger sans y avoir fait beaucoup de mal ; elle en a fait beaucoup plus dans les prés vis-à-vis. Le lit du ruisseau s’était fort élevé vers le haut du pré, on l’a creusé et on a relevé les cailloux sur les bords pour empêcher l’eau d’entrer, dans le cas d’une nouvelle crue ou même dans le temps [d’… ?]. Un des angles du pré a été légèrement endommagé, l’eau a détruit le mur en pierres sèches qui le garantissait. Elle a aussi entraîné quelques arbres et dégradé un peu la levée qu’il faudra réparer au printemps.
On a semé à raies le petit champ voisin. Ce sont des femmes que l’on a employées pour cela : la pargoyse et la fille Daudré. Il y a eu une économie de semences d’environ deux cinquièmes. On y semait ordinairement entre cinq et six septiers, et l’on y a semé cette année qu’entre trois et quatre.


Le troupeau de vaches est composé cette année de deux vieilles vaches à lait : la noire et la rouge, de deux bimes (1) qui ont été achetées à la foire de la Tour, de deux autres qui ont été estivées à la Védrine, ainsi qu’une jeune vache née de la vache noire, de six bimes de la védrine que nous avons pris à hiverner moyennant onze à douze livres, de six bourretes (2) de Mr Desaunates et de quatre de Mr Teillard aussi prise à hiverner moyennant cinq livres chacune. Cette manière de prendre les vaches à hiverner me paraît préférable à celle qui employait auparavant d’autant que j’ai calculé sur plusieurs années que le profit qu’on faisait sur les bimes était à peu près nul, de cette manière-ci le profit n’est pas grand mais le même objet est rempli et il n’y a point d’accidents à risquer et de foires à courir. Le vacher que l’on a cette année est de chez Mr Desaunates.
On a battu la totalité de la pamoule, soit ce qui provenait de la dixme soit de la partie de la grande terre qui en avait été semée. Il y en a en tout quarante quatre septiers.
On a fini les petits vins. On en a fait à deux reprises. On en a fait en tout sept grandes pièces. Ce petit vin a été fait du mat de la 1ère cuve du [d… ?] et de tout celui du petit cuvage. On a mis le mat dans des cuvettes et on l’a imbibé d’eau pour le faire manger aux vaches.
On a mis en semences de seigle soit dans la totalité de la grande terre et les deux lites (3) à côté soit dans le petit champ voisin … [en blanc] septiers.


Décembre 1790
[Page 7]

On a conduit à Clermont quatre pièces de vin vieux de 1788, contenant toutes quatre dis sept cent quartes de vin qui doivent être vendues en taverne. C’est tout ce qui reste de vin vieux avec trois pièces qui étaient déjà encavées à Clermont.
Le vin coûte à Clermont d’entrée environ deux liards la quarte (4).

J’ai acheté du jardinier d’Orléans soixante espaliers, moitié poiriers et moitié pêchers, dix sols pièce ; il m’en a donné trois sur le marché. Ces arbres doivent être plantés dans les plates bandes du jardin, le long des murs. J’ai fait pour cela défoncer le terrain de la largeur de la plate bande et de la largeur de trois jauges de bêche. On en a sorti quantité de pierres et de racines d’arbres que j’ai fait remplacer par du bon terrain pris derrière l’ancien bâtiment. L’ordre dans lequel sont plantés les arbres est celui-ci : à commencer de la cabane du jardinier, les pêchers y sont par ordre de maturité, les premiers murs en sont les plus près. J’ai planté dans cet ordre un de chaque espèce, et j’ai pris ensuite l’ordre inverse. Les poiriers espacés à seize pieds sont des poiriers d’hiver ; viennent ensuite des poiriers espacés à vingt quatre pieds, entre lesquels sont des abricotiers ; ils sont par ordre de maturité en commençant par le bas du jardin, aux plantes dans la plate bande du fond sont dans un ordre inverse en allant de midi à bise.

On a fait la mayère du pré Rouger. Il paraît qu’elle était assez bien affermée. On a fait récurer les vergnes qui sont le long du ruisseau, de crainte qu’on ne les endommageât. Il y en a un cent de jeunes qui ont été récurés.

On a battu tout le seigle provenant de la dixme. Il y en a eu quarante septiers émine. Cela a été fait à journées.

On a commencé à bêcher dans le grand champ voisin ; une partie de ce champ étant couvert d’hièbles (5). La bêche a paru le seul moyen de la détruire. La récolte dernière a presqu’entièrement manquée dans les endroits où il s’en est trouvé une certaine quantité.

On bêche dans le jardin tous les carreaux à une certaine profondeur et on lève exactement toutes les pierres. La surface du jardin pourra, de cette manière, se renouveler pendant le cours de cette année ; et cela doit sensiblement l’améliorer. Cette méthode est du jardinier ; il paraît assez entendu.

On a fait faire par Mazière (6) la porte du cuvage du bois en planches de mail (7), achetées vingt sols la pièce. J’ai commandé le ferrement à Amable le serrurier, moyennant neuf sols la livre. Il faut réparer à neuf le bassoir (8) de la porte pour qu’elle puisse fermer comme il faut. Mazière a aussi mis en état tout le reste des pièces de manière qu’en ce moment elles sont toutes en état.

Le bled du petit champ voisin ne paraît pas sortir comme il faut. Cela vient peut-être de ce qu’ayant été semé à raies, la semence est plus profonde et sort moins vite. Le bled à la grande terre a été roullé en certains endroits par l’inondation.

Le juge de paix a été nommé dans ce mois, c’est barbeyroux, serrurier de prat.

Annotations de Pierre Bourcheix :
(1) - Bime : en Auvergne, génisse de plus d’un an.
(2) - Bourrete : propre à l’Auvergne, génisse de plus d’un an et/ou de race Salers ; synonyme de bime.
(3) – Lite : ou billon, rangée ou bande de terre labourée.
(4) - Toute marchandise passant l’octroi aux entrées de Clermont devait payer une taxe.
(5) - Hièble : sureau à tige herbacée.
(6) - Mazière : maître maçon d’Aubière.
(7) - Mail : dans le Puy-de-Dôme, espèce de peuplier.
(8) - Bassoir : dans le Puy-de-Dôme, pierre taillée formant le seuil d’une porte ou d’une fenêtre.



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