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mardi 10 janvier 2012

La paroisse Saint-Martin d'Aubière


En complément à l'article "Le curé et les consuls", voici, en quelques termes, la paroisse Saint-Martin d'Aubière sous l'Ancien Régime.

Bedeau
Personne laïque préposée au service matériel d'une église ; chargé d'une manière générale de maintenir le bon ordre dans une église pendant l'office, et plus particulièrement de précéder le clergé dans les processions ou les quêteurs pour leur ouvrir le passage parmi les fidèles. Est parfois confondu avec le luminier.

Communauté des prêtres d’une paroisse
Les prêtres nés dans la paroisse, et qui n’avait pas obtenu la charge d’une autre paroisse, comme curé ou vicaire, pouvaient rester dans leur paroisse d’origine et vivaient en communauté avec leur curé et, éventuellement, leur vicaire. On les appelait les prêtres filleuls ou prêtres communalistes. N’ayant pas fait vœux de pauvreté, ils jouissaient des revenus de leur héritage et partageaient ceux de la communauté en fonction des services rendus à la paroisse (bénéfices accordés par une participation plus ou moins active aux offices et aux diverses manifestations religieuses, notamment). Des règles, déposées devant notaire, régissaient ces communautés. Le curé, ou à défaut son vicaire, se réservant les services les mieux rémunérés, il ne restait que la portion congrue aux communalistes.
Dans le numéro 41 de Racines Aubiéroises, page 41, Marie-José Chapeau écrivait à propos des prêtres filleuls :
« Les prêtres-filleuls sont institués à une période où les « bénéfices » (1) à pourvoir n’étaient pas assez nombreux pour permettre aux prêtres séculiers de vivre décemment.
Beaucoup de ces derniers, sans espoir d’obtenir un bénéfice ou désireux de vivre dans leur lieu d’origine, choisirent de devenir prêtres-filleuls ou communalistes.
Les communalistes sont des « prêtres habitués » qui forment une communauté et jouissent en commun de revenus, fonciers ou non, au cours des siècles. Beaucoup d’entre eux sont filleuls, comme étant nés et baptisés dans la paroisse. En Auvergne, les deux termes sont souvent confondus.
A Aubière une communauté de prêtres-filleuls a été présente jusqu’à la Révolution. Elle existait déjà le 2 mars 1594, comme en témoigne la donation faite à François Noëllet par ses parents, Guillaume Noëllet et Alix Esclauze. Ils constituaient ainsi à leur fils un capital dont les revenus, joints aux autres revenus des prêtres-filleuls, devaient lui permettre de ne pas être réduit à la mendicité.
» Voir Un exemple de communauté en 1594...

Confrérie
Association de laïcs fondée sur des principes religieux dans un but charitable ou de piété. Confrérie du Saint-Sacrement, d'enfants de Marie. Elle ornait de fleurs l'autel, lavait les linges sacrés, portait la bannière de la confrérie dans les processions, portait secours aux pauvres…

Confrérie du Saint-Esprit
Elle est attestée dès 1516 à Aubière. Les bailes d’alors sont : Pierre Charrier et Jehan Legay. Les bailes sont les administrateurs de la confrérie, souvent aidés par leurs épouses, les bailesses. Cette confrérie disposait, semble-t-il, d’un hôtel dit du Saint-Esprit, situé près de l’église au sud, sans doute fruit d’une fondation. Elle était chargée de faire la charité aux pauvres. Elle tirait ses revenus, comme les autres confréries, de dons en espèces ou en nature, des assences (fermages) ou des rentes qu’elle percevait des propriétés qu’elle avait reçues sous forme de don ou de legs par des particuliers. Elle produisait du vin provenant de ses propres vignes. La confrérie du Saint-Esprit est peut-être la confrérie appelée la Charité dans le conflit qui opposa le curé aux consuls en 1684. Elle ne figure plus dans le décompte fait lors de la visite pastorale de 1698, qui mentionne dix confréries. Parmi celles-ci, la confrérie Saint-Roch a sans doute été créée à la suite d’une épidémie de peste. Il y eut d’abord une chapelle dédiée à Saint-Roch dans l’église paroissiale ; puis, lorsque le cimetière près de l’église, fut devenu trop petit, le nouveau cimetière, hors les murs, entre le quartier du Roudeix et celui de la Treille, créé à la suite de l'épidémie de peste en 1586, prit le relais. On y construira une chapelle également dédiée à Saint-Roch, qui donnera son nom au cimetière.

Statue de saint Roch de la paroisse d'Aubière

Consul
Magistrat municipal en fonction du Moyen Âge à la Révolution. Élu pour un an (la durée augmentera au 18ème siècle) par l’assemblée des habitants, il était généralement issu d’une famille estimée et aisée (les nobles, le clergé, les hommes de loi, et les officiers de justice en étaient exclus). Il était avant tout un collecteur chargé notamment de percevoir les impôts royaux (taille…) dont il était responsable sur sa propre cassette, en cas de défaut de paiement de la part d’un contribuable. Il devait donc être solvable. Le nombre de consuls était fonction de l’importance de la population de la paroisse, qui était divisée en quartiers (quartier du Verger, quartier de la Quaire, quartier du Château ou de la place Fauchère…) que les consuls se partageaient. Après avoir réparti l’assiette, ils procédaient au recouvrement en visitant chaque assujetti, échelonnant le paiement sur plusieurs mois, en fonction des possibilités de chacun. Après le dernier paiement, le consul cochait le nom de chaque famille sur un rôle. Par dérive, ils pouvaient représenter et/ou défendre les habitants devant les autorités religieuses ou seigneuriales. Bien que non conviés, théoriquement et en tant que tels, au délibérations de la Fabrique, les consuls d’Aubière ¬ eux-mêmes anciens ou futurs luminiers ou marguilliers ¬ avaient pris l’habitude d’exercer leur forte influence sur le fonctionnement de cette institution. Et l’on ne doute pas que les confréries ne soient pas aussi l’objet de toutes leurs attentions.

Fabricien ou marguillier
Membre d'un conseil de fabrique. Synonyme (vieilli) marguillier. À Aubière, aux 17ème et 18ème siècles, on trouve le terme marguillier ou marreglier : « celui qui a l'administration des affaires temporelles d'une église ». Il en était le trésorier et devait, en principe, rendre des comptes à la fin de son « mandat ».

•    Marguilliers : Jacques Martin, charpentier, né ca1565 ; Michel Bourcheix, laboureur, né en 1664…

Fabrique
1. 1364 « le travail du forgeron » ; 2. 1386-87 conseil de fabrique : « conseil chargé d'administrer les fonds et les revenus affectés à la construction, à l'entretien d'une église ». Ensemble des biens matériels d'une église paroissiale, revenus affectés à son entretien, gestion matérielle de ces biens et revenus. Construction (d'un édifice, spéc. d'une église). Fonds destinés pour la fabrique d'une église paroissiale. La Fabrique (ou le conseil de fabrique) était constituée du clergé (curé, vicaire et prêtres filleuls ou communalistes), des marguilliers et des luminiers (on peut dire que le bedeau et le sonneur faisaient aussi parties des fabriciens, mais leurs fonctions pouvaient être plus durables). Si le clergé était membre de droit, les marguilliers et luminiers étaient nommés, élus ou choisis parmi la population, pour une durée déterminée, selon l’application stricte des statuts, ou selon les usages locaux générés par le laxisme des autorités (les usages aubiérois en 1684 en sont un exemple).

Fabrique : ses revenus
Les revenus d’une fabrique provenaient de diverses ressources, telles que des dons, des offrandes, des quêtes, des taxes ou autres dîmes qu’il sera bon de répertorier. Examinons d’abord leurs destinations.
Une partie de ces ressources était destinée à la communauté des prêtres de la paroisse pour leur entretien et leur subsistance. C’est le curé, « responsable » de la fabrique et 1er baile de chacune des confréries de la paroisse, comme de la communauté des prêtres, qui se chargeait du partage, en fonction d’une hiérarchie bien établie allant du curé au plus jeune filleul de la communauté, le vicaire occupant le second rang. La deuxième partie était dévolue à l’entretien de l’église (agrandissements et parfois reconstruction de l’édifice) et des cloches, mais aussi à l’achat et à l’entretien des ornements et habits sacerdotaux, des reliquaires, du statuaire, du luminaire, de produits divers servants pour les offices (encens, pain, vin, cire, huile…), du linge (suaires, nappes d’autel…), des calices, des registres paroissiaux ou autres missels. La troisième partie était distribuée aux (plus) pauvres de la paroisse. Enfin, la quatrième allait à l’évêché, même si nous n’avons jamais trouvé trace de cela dans les documents aubiérois consultés.
La fabrique tirait ses ressources de taxes que le paroissien devait payer pour certains offices, tels que les baptêmes, les mariages, les enterrements ou les obits (messes anniversaires pour les morts) ; si l’on utilisait les services du sonneur de cloches, l’on était aussi taxé, plus ou moins selon la grosseur de la cloche utilisée. Le paroissien devait encore verser son obole pour participer au frais d’éclairage de l’église, pour acheter le suaire qui enveloppait son défunt ; et s’il voulait des cierges, plus ou moins gros, le luminier tendait encore la main ; sans oublier la pièce durant les quêtes faites pendant les messes. En plus des aumônes organisées par la fabrique, il n’était pas interdit au paroissien de faire des dons et des offrandes, selon ses moyens, en particulier pour voir et vénérer les reliques « supposées » de saints que le clergé aubiérois protégeait jalousement. Nous avons vu que les fabriciens taxaient outrageusement les charivaris faits à l’occasion de remariages ou de mariages de veufs jusqu’en 1684. L’évêché y mit le holà. La fabrique étant propriétaire du cimetière, les paroissiens les plus aisés pouvaient s’acheter un emplacement pour y enterrer leurs morts ; le curé se donnant le droit d’accorder des fosses pour les plus pauvres. Cependant, les ressources les plus importantes de la fabrique provenaient des dîmes, rentes et assences dont elle disposait, sur des récoltes ou des terres en vignes, céréales ou vergers léguées par les plus généreux des paroissiens. Les récoltes en vin, céréales ou fruits pouvaient être revendus au profit de la fabrique. Enfin, pour finir, n’oublions pas les revenus produits par les fondations (rentes annuelles et perpétuelles) faites par ceux qui tenaient à être inhumés dans l’église, près de telle chapelle ou sous la chaire.


Fondation
Affectation perpétuelle d’une masse de biens à une œuvre. Les paroissiens aisés pouvaient faire des fondations au profit soit d’une confrérie soit de la Fabrique. Ces fondations pouvaient se faire en argent (rentes ou dîmes) ou en nature (vin, céréales ou fruits) ou bien encore sous la forme d’un legs d’une maison, d’une grange, d’une vigne ou d’un verger… Les fondations au profit de la Fabrique ou de la Luminerie se faisaient souvent en échange du droit de se faire enterrer dans l’église, comme on en trouve plusieurs exemples à Aubière à la fin du 16ème siècle (coût : 20 sols de rente annuelle).

Luminaire et Luminier
Le Luminaire est l’ensemble des lumières qui composent l’éclairage d’une cérémonie religieuse (usage des luminaires de cire ou à huile). Le Luminier est le responsable du luminaire d’une église. La Luminerie, que l’on peut prendre comme un synonyme de Luminaire, dépendait de la Fabrique. À la fin du 17ème siècle à Aubière, luminiers et marguilliers se sont confondus.

•    Luminier en 1594 : Michel Bourcheix, laboureur, né ca 1565, décédé >1629, fils de Jehan, marié successivement à Michelle Salignat, Magdeleine Mignard, Michelle Pezant et Marguerite Célérier.
•    Luminier en 1688 : Michel Montel, tailleur d’habits, né ca1643, fils de Jehan et de Agnès Chabozy, x1 <1666 à Marguerite Pezant, x2 le 13 janvier 1688 à Gabrielle Breuly.
•    Luminier en 1688 : Michel Thevenon, né en 1652, fils de Michel et de Marguerite Vayssas, marié le 4 février 1676 à Marie Gioux.
•    Luminier en 1700 : Jean Perol, laboureur, né le 6 avril 1663, décédé le 19 décembre 1719, fils de François l’aîné et de Isabeau Arveuf, marié le 24 janvier 1696 à Marie Decorps.
•    Luminier en 1700 : Pierre Bourcheix, laboureur, né vers 1670, fils d’Anthoine et de Jehanne Breuly, marié le 19 février 1694 à Isabeau Chaussidon.
•    Luminier en 1705 : André Perol, laboureur, né ca1665, fils de François l’aîné et de Isabeau Arveuf, marié le 21 février 1696 à Françoise Chabri.
•    Luminier en 1711 : Jean Gioux, né en 1678, fils de Anthoine et de Jehanne Chabozy, x cm le 29 janvier 1700 à Alix Mazen.

Note :
(1) - Bénéfice : Titre, revenu accordé à une personne, généralement un ecclésiastique, en échange d'un service spirituel.

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)




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