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jeudi 28 novembre 2013

Pierre Bourcheix, sergent royal



Quand j’ai rencontré cet ancêtre la première fois, ma crête s’est dressée sur ses ergots : chouette ! J’ai un officier du roi dans mon arbre ! Cela changeait des laborieux laboureurs, valeureux vignerons et autres journaliers gagne-misère habituels. D’autres actes m’apprirent que ce Pierre Bourcheix était aussi laboureur et fossoyait sa vigne, la saison venue. Quoi ! L’office de sergent royal ne nourrissait pas son homme ?
Lorsque j’eus consulté dictionnaires et autres encyclopédies savantes, je dus me rendre à l’évidence, et rentrer ma crête…

Sergent royal en uniforme (1700)

Ce Pierre Bourcheix-là, car il y en eut bien d’autres avant et surtout après lui, est né en 1607 ou environ. Étant décédé en 1661 à 54 ans, c’est ce que j’en déduis ; et l’année 1607 des registres paroissiaux d’Aubière n’existe plus, tout comme les années qui précèdent ou suivent immédiatement cette année-là. Maître Pierre, donc (oui, oui, c’est inscrit ainsi sur son acte de sépulture), est le fils de Michel et de Michelle Pezant, mes sosas 2048 et 2049 de la douzième génération depuis votre serviteur. Il épouse par contrat une Montferrandaise, née le 18 décembre 1612 à Montferrand, Magdeleine Quinssat, le 8 février 1629 devant maître Jean Portal à Montferrand. Magdeleine était la fille de Jehan Quinssat, un riche vacher, du quartier des Moles à Montferrand, et d’Anthonia Baffoy. Jehan Quinssat est par ailleurs tenancier du Clos de Pontcharrat, appartenant à la dame d’Albiat, et qui confine à l’est avec le domaine de Varvasse.

Pas question de rester dans la belle ville royale de Montferrand, le couple revient au plus tôt dans la paroisse mitoyenne d’Aubière. Ils s’installent au quartier du Chasteau, à l’ombre du clocher à peigne et des hautes murailles du château de la baronnie. Depuis la mort du baron Gilbert II de Jarrie, en 1622, le fief a été découpé en tranches par ses frères et sœurs, s’attribuant une part ou l’abandonnant à des tiers. Ils déshéritaient du même coup la fille du défunt, Ysabeau. Même le château est partagé ! Une moitié revient à l’abbesse de l’abbaye de Sainte-Claire à Clermont, qui devient, par ce fait, coseigneur d’Aubière.

Et voilà le couple installé dans son quotidien : Magdeleine élevant les cinq enfants ; Pierre un jour dans sa vigne du Creux des Malades, un autre au verger de la Coste Blanche, le lendemain labourant sa terre des Varennes. Jusqu’au jour où Pierre devient sergent royal.
Un office de sergent cela s’achète, mais je n’ai pas trouvé trace de cet achat. Et voilà maître Pierre, muni de sa masse, précédant son seigneur lors du cortège entre château et place de l’église ou de la Halle où ont lieu, chaque année à la Chandeleur, les assises de justice d’Aubière. Son personnage est craint car c’est lui qui est chargé de faire appliquer la justice seigneuriale. Il est, en effet, aux ordres de son seigneur ou du bailli, pour l’exécution des décisions de justice ou de police. Sa visite n’est donc jamais une bonne nouvelle. On reçoit de ses mains les exploits d’huissier, les assignations à comparaître, et c’est lui qui officie lors des arrestations ou des saisies.

Signature de Pierre Bourcheix, en 1629

Pierre Bourcheix (je ne signe pas aussi bien en 2013)


mardi 26 novembre 2013

Journal économique de Jean-Baptiste André - 88



1790-1842

Toutes les semaines retrouvez ce document inédit exceptionnel
Le Journal économique du fils du dernier seigneur d’Aubière

Épisode 88
Juillet, août et septembre 1801


Juillet, aoust et septembre 1801
[Page 91]

Prix des denrées : froment 23£ ; seigle vendu 16£ ; orge 12£ ; vin vendu 6£

"...ma femme s’est accouchée fort heureusement d’une fille..."

1- Je me suis arrangé à l’amiable avec Parriou au sujet des rentes qu’il avait remboursées en assignats ; je lui ai fait remise des arrérages et il m’a passé un titre nouvel, et il continuera dès cette année le payement ainsi que ses copaginaires.

2- J’ai vendu aux Parisiens 20 tonneaux de mon vin de St Cirgues à raison de 6£ le pot, sous un billet du cen Colin de Châteldon, payable au 1er vendémiaire.

3- J’ai fait faire aux Fourcaux, le long de la vigne que j’ai vendu, un mur à chaux et sable qui n’est point achevé. Les maçons ont pris la pierre dans la vigne, et je le leur paye à raison de 55 s la toise. j’ai fait aussi faire le mur le long du chemin joignant le verger du pont à 38 s la toise ; il y en a 36 toises.

4- J’ai fait faire à Varvasse et Noyers plusieurs réparations : à Varvasse, des commodités et un pigeonnier par-dessus, des cases à bouteilles dans le petit caveau, des pillers [sic] pour mettre un clairevoie le long du petit parterre, des bancs et des tonnes dans le jardin, blanchir à neuf le salon à manger, rougir la chambre au-dessus, fait faire un placard dans l’autre ; à Noyers, un … [illisible] réparé et repris la partie avancée de la maison, changé l’escalier dans l’angle, fait étables pour les veaux et pour les cochons, poulailler au-dessus, et communication avec la grande chambre. J’ai employé 50 journées de Martin, 120 de maçons, 47 de manœuvres, 20 de menuisiers, 18 de charpentiers.

5- J’ai passé bail pour neuf ans avec Chirol le charron du verger de Proulhat aux mêmes conditions que le précédent bail, et moyennant 75£.

6- J’ai passé bail pour dix-huit ans de ma vigne de Noyers à Jean Brun, Antoine Bost, Antoine Randane, Pierre, Gilbert et Jean Bourbon frères, pour deux lods, et Etienne Berthet pour le cinquième lods de l’ancienne vigne, telle qu’ils l’ont joui, à la charge de l’arracher en entier pendant les neuf premières années qui commencent au 1er frimaire an 9. Ils payeront pour cette portion la somme de 115£ et sept paillassées de raisins, plus les dix œuvres jouies par les Galabrut sont affermées à Pierre et Michel Bourbon pour le même temps, mais à dater du 1er vendémiaire an onze, et aussi à moitié fruits, plus aux mêmes quatre œuvres à prendre sur vingt cinq sur la grande terre, le surplus devant être joui par quart par Jean Brun, Etienne Berthet, Gilbert Bourbon, Jean Bourbon et Antoine Randanne, en payant pour le tout trente sols par œuvre, payables au 1er germinal de chaque année, et quatre paillassées de raisins, à la charge d’enlever le tertre qui se trouvera au bas de lad. vigne et de le porter en haut, comme aussi de bêcher après l’arrachement en jouissant par eux d’une année de même récolte, et de laisser en fin de bail le tout dûment échalassé.

7- J’ai fait fermer à Clermont cette année en tout 67 bacholées de vendanges, dont 39 à ma sœur et 28 à moi, de manière qu’en me payant 30£ ma sœur aura les trois cinquièmes du vin et moi les deux cinquièmes. J’ai fait à St Cirgues environ cinq cents pots de vin.

8- J’ai convenu avec Bareau maréchal de mettre à l’année mon cheval blanc pour le ferrage à dater du 1er décembre 1801. Le cheval de St Cirgues sera à la croche.

9- Le huit juillet à quatre heures du matin ma femme s’est accouchée fort heureusement d’une fille qui a été baptisée le même jour sous le nom de Marie Claudine. Le parrain a été Mr Paul Chardon mon oncle, Dominique Charon mon beau-frère l’ayant tenu en son absence ; la marraine Mde Marie Claudine Champflour, ma belle-mère.



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vendredi 22 novembre 2013

La Gauloise fête Sainte-Cécile en 1924



En ce jour de la Sainte-Cécile, un article du journal « L’Avenir » en 1924 :

« La plus belle de nos sociétés musicales rurales, La Gauloise d’Aubière, fêtait dimanche, à la fois, la Sainte-Cécile et l’élection de son nouveau président, M. Pezant.
En raison du deuil récent qui a frappé la société, en la personne de M. Alfred Gioux, la fête eut simplement un caractère d’intimité familiale. On s’abstint de manifestations bruyantes, encore que très harmonieuses, comme le défilé traditionnel. Mais si La Gauloise, pour le motif que nous venons de signaler dût fêter la Sainte-Cécile plus discrètement que de coutume, elle n’en affirma pas moins une vitalité plus puissante que jamais, en dépit des vides que le mort creuse dans ses rangs.
On connaît le sens vrai de la phrase historique : « Le Roi est mort, vive le Roi ! » Ce raccourci qui exprimait d’une manière saisissante la continuité des institutions monarchiques de la vieille France peut s’appliquer en ce moment à La Gauloise.
Après avoir pleuré l’entraîneur d’hommes, le chef loyal qu’était Alfred Gioux, les sociétaires de La Gauloise, fièrement, comme l’ancêtre figuré sur leur bannière, ont relevé la tête et ont puisé dans le malheur qui les frappait la volonté de vivre et de se développer encore sous l’impulsion d’un nouveau chef. Voilà bien un des traits saillants de cette force race arverne dont les Aubiérois de La Gauloise sont les dignes rejetons.
La fête débuta par une cérémonie religieuse à l’église paroissiale.
Pendant la messe, La Gauloise, sous la direction de M. Montel, exécuta quelques morceaux appropriés d’un style très délicat.
À l’Évangile, M. le chanoine Lestrade, ancien aumônier militaire, chevalier de la Légion d’honneur, avec cette éloquence sobre et simple qui va droit au cœur, parla de l’Harmonie, qui a fait la beauté, en musique et la force dans les Sociétés. Le chanoine Lestrade évoqua le souvenir de M. Gioux et salua en M. Pezant le digne continuateur de son œuvre.

Sainte Cécile

Le banquet
À midi et demi, au restaurant Gioux, cent trente convives étaient réunis. Il y avait là tous les musiciens, un certain nombre de membres honoraires et quelques invités.
Un menu fut servi, qui était un véritable défi à la vie chère. MM. Gioux, vieux amis de La Gauloise, reçurent vraiment en amis généreux ; ils surent réunir, pour un prix tout à fait démocratique, l’abondance et la qualité ; de sorte que ce menu remarquable, appuyé sur le non moins remarquable vin des « Etats-Unis » (ainsi dénommé parce qu’aux Etats-Unis on ne boit plus de vin, emporta un franc succès.
A la table d’honneur, autour de M. Pezant, nous avons remarqué : M. Marc Blatin, conseiller général ; M. Monbarin, directeur de l’Harmonie des Usines Bergougnan ; M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont ; M. Montel, chef de La Gauloise, M. Joannet, président d’honneur ; MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs ; Chatagner, Théringaud, Bourcheix-Dutemple, vice-présidents d’honneur ; les docteurs Mercier et Sahut ; M. Matray, pharmacien ; MM. Bernard, trésorier, Aubény, secrétaire ; Bouchard, chef de l’ « Union musicale » de Beaumont ; l’aviateur Michel ; MM. Francione, Planche, membres honoraires ; M. Pignol, vice-président et M. Cohendy-Morel, secrétaire de l’ « Union musicale » de Beaumont ; MM. Bayle-Noëllet, Roche, membres honoraires, etc.
Lorsque le champagne pétilla dans les coupes, M. Bernard prit la parole.

Discours de m. Bernard
Le sympathique trésorier de La Gauloise commença par ces belles paroles à l’adresse du regretté M. Alfred Gioux :
« La fête patronale de Sainte-Cécile qui nous rassemble aujourd’hui, semble voilée de tristesse celui que nous aimions voir présider nos agapes, donner la note de l’entrain, de la joie, du mouvement, n’occupe plus sa place habituelle.
Sans effort de pensée, nous le voyons encore au milieu de nous recevant ses invités, donnant ses ordres, tout heureux d’être au sein de sa Société environné d’amis.
Messieurs, nous nous rappellerons toujours de notre cher Alfred, de celui qui, sans nul souci de son poste autre que le plus grand bien de La Gauloise, se montra toujours le meilleur des camarades.
Que sa famille reçoive de tous notre reconnaissance et nos respects. »
M. Bernard parla ensuite du nouveau président :
« … Il y a une quinzaine de jours, la commission administrative se réunissait à l’effet d’élire un nouveau président, et aux acclamations générales M. Pezant était désigné.
Ce choix a été particulièrement heureux, il a été accueilli avec une égale approbation par la Société et par la population qui s’intéresse vivement à son existence.
Né d’une famille aubiéroise, M. Pezant vint à l’âge d’homme s’établir à Aubière.
Très doué au point de vue musical, il entra de suite à La Gauloise, certain d’y trouver la satisfaction de ses goûts artistiques, certains aussi d’y rencontrer de véritables amis.
C’est à son modeste pupitre de musicien que ses amis sont venus le prendre pour l’élever à la présidence.
Vous le savez tous, avec les ressources de son travail et de son intelligence, il a fondé à Aubière un des établissements les plus florissants de la région dans l’art horticole.
Nous sommes assurés que M. Pezant mettra au service de sa Société une bonne partie de l’activité et de la volonté déployées dans la création de sa maison commerciale.
L’année dernière, dans une réunion de famille, nous aimions à rappeler les souvenirs qui nous unissaient aux anciens Présidents dont les portraits ornent cette salle. Aujourd’hui nous venons saluer un nouveau venu, c’est le portrait de M. Ebely.
Vous l’avez tous connu, celui-là fut un modeste, mais il fut un des meilleurs serviteurs de La Gauloise, nous serons heureux et fiers de voir désormais ses traits ici, devant son image les anciens se souviendront, les nouveaux le prendront comme modèle. »
Des applaudissements nourris ponctuèrent le discours du sympathique trésorier ; lorsqu’ils se furent apaisés, M. Pezant se leva.

Discours de m. Pezant
« Ce n’est pas sans émotion que je me retrouve aujourd’hui à notre banquet traditionnel de Sainte-Cécile.
Pour la première fois depuis 20 ans, j’ai dû déserter, à cette table, le petit coin où (c’était une tradition) se réfugiait tout un groupe de nos vieux musiciens. Je l’aimais surtout parce qu’il n’y avait rien d’officiel.
Votre estime et votre affection m’appellent à l’honneur. Du plus humble de vos camarades vous avez fait celui qui présidera désormais aux destinées de notre belle Gauloise. Cela me grandit et m’étonne. Pour toute la fierté que j’en ressens soyez remerciés.
Mais pourquoi faut-il que votre choix se soit porté sur moi, tant d’autres en étaient dignes et je me sentais si bien à ma place à mon petit coin de table.
Messieurs, je ne voudrais pas vous attrister, mais je manquerais au premier de mes devoirs si je ne rendais un hommage ému à la mémoire de mon regretté prédécesseur. »
Et M. Pezant fit de M. Gioux un éloge délicat.
« Son nom restera gravé pour toujours, sur le Livre d’or de La Gauloise, comme son souvenir l’est déjà dans nos cœurs.
Permettez-moi maintenant, de saluer les nobles figures qui, ,sur les murs de cette salle, dans leur cadre doré, semblent nous regarder avec la fierté affectueuse des grands-pères pour leurs petits enfants.
Les unes représentent pour nous tout le passé de La Gauloise, l’incarnation de l’Honneur et du Devoir, les autres tout le présent avec ses belles espérances.
Permettez-moi de saluer bien bas encore le tableau d’honneur où sont inscrits les noms de nos héros morts pour la France.
Inspirons-nous des exemples donnés par tous ces braves gens pour qu’avec la bonne volonté de tous, nous arrivions à une Gauloise, toujours plus grande, toujours plus belle et pour que nos enfants aient un jour la fierté et la joie de fêter son centenaire.
Pourrions-nous jamais manquer de foi dans ces destinées, quand nous voyons autour de nous des hommes dont le dévouement se cache et se refuse à toute récompense comme M. Bernard, M. Aubény et notre chef aimé, M. Montel ; cette belle jeunesse enthousiaste et tant d’amis, tous ces vieux musiciens qui ont vu grandir La Gauloise et participe depuis plus de 40 ans à tous ses succès. »
M. Pezant salua ensuite les nouveaux élus du bureau : MM. Montagnon et Vacher, vice-présidents actifs, les vice-présidents honoraires : MM. Bourcheix-Dutemple, Chatagner et Théringaud, le nouveau sous-chef, M. Baptiste Gioux, M. Joannet, président d’honneur. Le président adressa aussi d’aimables compliments à M. Blatin, en qui il salua l’un des plus éclairés défenseurs de la cause paysanne, à M. Monbarin, directeur de l’Harmonie Bergougnan, à M. Taravaud, président d’honneur de l’ « Union musicale » de Beaumont, au représentant de l’ « Avenir » et termina ainsi :
« Nos remerciements vont aussi de grand cœur à tous nos amis et aux nombreux membres honoraires qui ont tenu à rehausser par leur présence l’éclat de notre fête.
Je n’aurais garde d’oublier notre restaurateur Mme Gioux qui nous a beaucoup gâté aujourd’hui.
Messieurs, je bois à votre santé à tous et en l’honneur de notre belle Gauloise. »

Un membre de la « clique », M. Chausseprat, au nom des tambours et clairons, adressa un « speech » très cordial à M. Pezant et lui remit une gerbe de fleurs. Le nouveau président se montra très touché de cette démarche et remercia M. Chausseprat avec émotion. »


In L’Avenir du 23 décembre 1924

et Cahier n°3 du C.G.H.A., Aubière, Musique, Théâtre,Chant choral, 2007



jeudi 21 novembre 2013

Rue Richelieu



Histoire des rues d’Aubière

La rue Richelieu, depuis la rue de la Treille

Située dans l’ancien terroir de la Treille, la rue Richelieu (dénommée avant 1881) nous conduit de la rue de la Treille à la rue Gounod, notre prochaine étape. Le Cardinal mérite bien une rue, aussi petite soit-elle !

Le cardinal de Richelieu

© Cercle Généalogique et Historique d'Aubière