Actualités


jeudi 31 octobre 2013

Ça bouge au champ des morts



Les champs des morts ou cimetières successifs d’Aubière ont laissé des traces :
1- dès l’époque gallo-romaine (dans les parages au nord et à l’ouest de l’église actuelle) ;
2- au Vème siècle (également au nord de l’église) ;
3- à l’époque mérovingienne (VIIème siècle, nécropole au bas du Mirondet) ;
4- au moyen-âge (autour de l’église du XIIème siècle, signalé aussi dans un ancien terrier par un titre de 1440 : « le cimetière au nord de l’église ») ;
5- des fouilles de 1927 et 1993 révèlent en surface (<50 centimètres de profondeur) des ossements humains autour de l’église ;
6- le cimetière Saint-Roch (rue Saint-Antoine), connu dès 1694 et indiqué par le plan cadastral de 1831 et qui succède au précédent à proximité nord de l’église ; plusieurs testaments, à partir de septembre 1586, évoqueraient avec vraisemblance son ouverture ;
7- enfin, le cimetière actuel, entre Foisses et Laschamp, ouvert au milieu du XIXème siècle (entre 1835 et 1846, on ignore pour l’instant la date précise).
A la veille de la Toussaint et de la Fête des morts (2 novembre), nous allons nous intéresser aux balbutiements du cimetière actuel, entre 1834 et 1868, date de son premier agrandissement.

Si l’on en croit les testaments de certains Aubiérois vivant autour de 1600, les inhumations avaient lieu près de l’église dans le cimetière. Bien sûr, les plus riches achetaient le droit d’être enterrés dans l’église (fondations) et ce jusqu’au début du XVIIIème siècle ! Mais on sait aussi, grâce aux visites pastorales, faites par l’évêque de Clermont ou par son vicaire général, que, dès le dernier quart du XVIIème siècle, le cimetière n’était déjà plus autour de l’église mais hors les murs au terroir de la Treille. Ce nouveau cimetière, au-delà des fossés du bourg, était ceint de murs à l’intérieur desquels, à l’aspect d’orient, s’élevait une chapelle dédiée à saint Roch. Nous appellerons donc ce cimetière du nom de ce saint.

Ancien cimetière saint-Roch (en bleu)
Nouveau cimetière projeté (en jaune)
(Archives communales d'Aubière)

En 1814, le cimetière saint-Roch est déjà trop petit, et le maire demande au Préfet de réunir le conseil municipal pour délibérer du déménagement du cimetière parce que « les miasmes qui s’en exhalent pouvant corrompre la salubrité de l’air et procurer des maladies épydémiques, d’ailleurs le local est trop resserré pour contenir toutes les inhumations d’une Commune aussi populeuse et n’est pas à la distance voulue par le décret du 3 Prairial An 12 ».[1]
Personne ne voulant céder de terrains pour le nouveau cimetière, on oublie tout pendant une quinzaine d’années. En 1833 cependant, le conseil municipal, sous la présidence du maire Jean Foulhouze, estime que le jardin clos de murs de Madame Anne André, veuve de Provenchère, situé au terroir des Foisses aux confins du terroir de Laschamp, est idéal pour le projet d’un nouveau cimetière.
Madame de Provenchère, après expertise qui fixe le prix du jardin à 2.600 francs, accepte de vendre. La vente sera effective le 17 janvier 1835.[2]

En 1842, le conseil municipal décide de vendre le cimetière saint-Roch. L’autorisation préfectorale n’interviendra qu’en 1846.[3]
L’adjudication du 16 novembre 1846 attribue les sept lots de l’ancien cimetière saint-Roch à : Pierre Noëllet, Michel Chaussidon, Gabriel Desitre, Jean Dégironde dit Tarot, gendre à Arnaud, Jeannon [lire Janon], Etienne Vilvaux [lire Villevaud] et à Bayle dit Falet.

Agrandissement du cimetière entre Foisses et Laschamp
(Archives communales d'Aubière - 1868)

En 1859, le conseil municipal, sous la présidence du maire, Mr Daumas-Foulhouze, accorde une concession gratuite à l’ancien maire Jean Foulhouze, pour services rendus à la Commune. Ce sera la chapelle (le colombier du jardin de Mme de Provenchères), à l’angle nord-ouest du nouveau cimetière.[4]

Dès 1866, le nouveau cimetière est complet : un agrandissement est nécessaire.
Le 18 novembre 1866, François Bourcheix, expert-géomètre, estime qu’il est nécessaire d’acquérir 20 parcelles au terroir de Laschamp pour l’agrandissement du cimetière.[5]
L’enquête d’utilité publique est réalisée du 27 au 29 juillet 1867. Le commissaire enquêteur estime que « l’acquisition d’une plus grande étendue de terrain serait nécessaire pour donner au champ de sépultures des dimensions plus en rapport avec les besoins de la population ». Le maire Gioux et son conseil ne sont pas de cet avis et le font savoir au Préfet dans une lettre du 17 octobre 1867.[6]
Le 22 octobre, le Préfet exige que le conseil municipal soit à nouveau consulté sur l’insuffisance de l’agrandissement.
Finalement, les travaux auront lieu en 1868.[7]

Cimetière actuel (Google Maps)
Encadré rouge : emprise du cimetière agrandi en 1868.

Notes : A propos de l'ouverture du cimetière Saint-Roch, situé hors les murs dans le quartier de la Treille. Plusieurs testaments de 1586 parlent d'un "simetière nouveau". S'agit-il de la naissance de ce cimetière ?...

© - Cercle généalogique et historique d’Aubière (Pierre Bourcheix)






[1] - Archives départementales du Puy-de-Dôme – 2 Z 71.
[2] - Archives départementales du Puy-de-Dôme – 2 O 14/14.
[3] - La Commune d’Aubière est autorisée à aliéner, par acte notarié et par la mise aux enchères publiques, sur une mise à prix de 12.943 F en un seul ou plusieurs lots, le terrain servant autrefois de cimetière, plus amplement décrit au procès-verbal susvisé…
Conformément à l’arrêté de Mr le Préfet, du 31 juillet 1846, qui autorise cette aliénation d’un terrain dit l’Ancien cimetière, appartenant à la Commune, quartier de La Treille, de la contenance de 8 a 3 ca environ… confiné de nord par la rue de l’ancien cimetière, la maison de Galliot au sud, par la grange de Bayle Falet et par celle de Sébastien Bayle, et de nuit par la grande rue des Planches.
Pour la division du terrain et pour faciliter les constructions et leur donner le jour nécessaire, une rue sera ouverte au milieu du plan, à peu près ; elle aura une largeur de 4 mètres sur toute sa longueur, dont l’axe sera au milieu du côté nord du cimetière, se dirigeant au sud, parallèlement au côté est, sur une longueur de 20 m 20 cm, formant un angle de 104 degrés, pour aboutir sur la rue dite des Planches, à 12m50 de l’angle sud-ouest de la maison de Bayle François, dit Falet (prolongement de la rue Turenne, aujourd’hui. La partie nord-ouest de la rue des Planches prendra plus tard le nom de rue Saint-Antoine ; la partie sud-est deviendra la rue de la République).
[4] - Archives départementales du Puy-de-Dôme – 2 O 14/15.
[5] - Ces 20 parcelles appartiennent à François Chatagner, Guillaume Planche, Michel Planche jeune, autre Planche, Guillaume Cougout, Guillaume Delonchambon, Antoine Pignol, Jean Galliot, Claude Théringaud, Jean Taillandier, Jean Bayle notaire, Jean Avel menuisier, (non marqué), Marie Thérieux veuve Gioux, Jean Vaury, Jean Thérieux, Martin Alligrot, Martin Cellier, (non indiqué), et François Planche.
[6] - Lettre du 17 octobre 1867 : « Après avoir soumis vos observations au Conseil municipal et aux plus forts contribuables de la Commune, qui ont mûrement examiné la question, il a été décidé, à l’unanimité, que les terrains que l’autorité municipale se propose d’acquérir, peuvent largement suffire aux besoins de la population, attendu qu’il faudra plus de dix ans pour couvrir de fosses le champ de sépultures, la moyenne des inhumations étant d’environ 90 pour la période des dix dernières années, y compris les enfants.
En conséquence, Monsieur le Préfet, je vous prie de mettre la plus grande diligence possible pour que cette affaire arrive à bonne fin puisque tous les propriétaires de terrains que l’endroit joindra en champ de sépultures, consentent à traiter à l’amiable… ». [D’après le recensement de 1866, la commune d’Aubière compte 3.920 habitants dont 417 à Pérignat-lès-Sarliève].
[7] - D’autres agrandissements auront lieu et le premier dès 1890. La maison du garde sera construite en 1929. Les deux plans (de 1834 et 1868) publiés ci-dessus sont issus des archives communales d’Aubière.

mardi 29 octobre 2013

Journal économique de Jean-Baptiste André - 84



1790-1842

Toutes les semaines retrouvez ce document inédit exceptionnel
Le Journal économique du fils du dernier seigneur d’Aubière

Épisode 84
Janvier, février et mars 1801


Janvier, février et mars 1801
[Page 87]

[Suite des états de sections cadastrales]

État de section du rôle d’Aubière :
Section A art. 1178 une vigne à la Foissas de quarante huit œuvres, évaluée à cent quatre vingt douze livres   48 °   192£
N° 1179 vigne au même terroir de quarante œuvres, évaluée cent soixante livres   40 °   160£
N° 1275 vigne à la Foissas de vingt deux œuvres   22 °   88£
N° 1322 terre à la Foissas de dix journaux   60 °   180£
N° 1405 terre à la Foissas de quatre journaux une éminée   28 °   84£
N° 2343 terre du petit Champvoisin, six septérées onze toises   48   144£
N° 2344 terre du grand Champvoisin, douze septérées six qonées   103   309£
N° 2345 verger de la garenne de quinze septérées trois quartelées   126   1008£
N° 2346 verger du pré Rougier de vingt trois journaux 1/3   138   1120£
N° 2347 terre à la Foissas de vingt deux septérées   176   528£
N° 2348 terre à Champvoisin d’une quartelée   2  
N° 2349 terre à Champvoisin, trois quartonnées   3  
N° 2350 Cuvage et cave de Madame 2/3 qonnées   2/3  
N° 2350 terre d’une éminée au colombier   4   12£
Section F – jardin d’une coupée   ¼   1£ 12
N° 760 Bâtiments, cour, jardin et fossés, cinq septérées   40   240£
[total]   739 onées   4083£ 12


État de section du rôle de Lempdes, section E, art. 609 du rôle de 1791
N° 770 terre de cinq septérées trois quartonnées   43   131£ 5
N° 772 terre de sept septérées cinq quartonnées   61   183£
N°783 terre de dix sept septérées trois quartonnées   139   364£
N° 784 vigne de soixante quinze œuvres   75   450£
Section P n° 130 terre de deux septérées sept quartonnées   23   69£
N° 131 pré verger de six septérées trois quartonnées   51   255£
N° 132 pré clos de cinq septérées cinq quartonnées   45   168£
N° 133, 134, 135 pré de vingt trois septérées sept quartonnées   191   477£
N° 152 pré d’une septérée quatre quartonnées   12   30£
[total]   640 °nées 2127£ 5s

État de section du rôle d’Aulnat, art. 107 du rôle
Section C n° 27   20£
Section D n° 78   10£
N° 80   60£
Section E n° 174   20£
N° 180   26£ 13s 4
[total]   136£ 13s 4

Articles conformes pour Aubière, Montel ; pour Lempdes, Ducrohet.

[à suivre l’état de section du rôle de la commune de St-Vincent]



En savoir plus sur le Journal économique de J-B. André > Retour à l’épisode 1


vendredi 25 octobre 2013

Transaction XII (1723-1724)



Ceci est valable pour toutes les transactions à suivre :
Pour faciliter les recherches des diverses contestations, nous avons ajouté un titre à certains paragraphes : ces titres sont en gras et en italiques.
Les notes ajoutées par le cercle généalogique et historique d’Aubière (C.G.H.A.) sont en italiques et entre {}.

Les droits seigneuriaux à Aubière
Recueil de documents concernant les contestations dont ils furent l'objet
(1422-1789)

XII. - S. d. (entre 1723, 16 août, et 1724, 31 août). - Projet de bail à ferme du banvin et des mesures à vin consenti par le seigneur d'Aubière au profil des habitants (1)

[1] Furent présants Monsieur Me Guillaume André, seigneur d'Obière conseiller en la senechaussée et siège presidial de Clermont, d'une part, et Etienne Coendy, Pierre Nouellet, Martin Decorps et Michel Gioux, consuls, Guillaume Arnaud Annet Bourchey Bizolle, tous habitans de la ville d'Obière, represantants le corps commun des habitans de lad. ville en vertu du deliberatoire du (en blanc), d'autre partie.


Banvin du mois d’août
[2] Lesquelles parties etant en voye d'entrer en procès sur ce que led. seigneur de sa part pretandoit être en droit et possession de vendre seul du vin dans lad. ville d'Obière pendant le mois d'aoust à l'exclusion de tous autres ; que le vin qui se vandoit dans led. lieu d'Obière pendant led. mois d'aoust et dans tout autre temps devoit être mesuré à des mesures marquées à ses armoiries ; qu'il etoit en droit de tenir les pots de mesure en son chateau aud. Obière, ou les habitans et autres qui vouloint vendre et mesurer leur vin etoint obligés de les venir prendre et de les y rapporter après avoir mesuré leur vin ; qu'il etoit pareillement en droit d'obliger lesd. habitans de luy presanter chacun an un habitant dud. Obière capable de faire le corretage et faire vendre le vin, lequel habitant, etant trouvé propre et capable par led. seigneur à faire led. corretage, devoit être receu par luy en lad. commission et devoit preter le serment, chacun an, devant luy ou devant son officier, d'exercer sa commission en loyauté et conscience, à la satisfaction commune du marchand et des habitans, sans y commettre aucun abus; que ces droits luy etoint acquis, comme plusieurs autres, par plusieurs tiltres authentiques et transactions passées entre les predecesseurs dud. seigneur et desd. habitans de l'avis de plusieurs personnes de condition, officiers de robe et gentilshommes de marque, authorizées et suivies de plusieurs sentences, et par exprès par deux transactions en bonne et deue forme de 19 juin 1422 et 21 (2) avril 1496. Dans lesquels droits et possession led. seigneur ayant eté troublé par plusieurs habitans dud. Obière et par exprès par led. Guillaume Arnaud, l'un des principaux, lequel, au prejudice du droit et possession dud seigneur, auroit vendu du vin aux marchands de la montaigne communemant appellés couteaux, le cinq aoust dernier, l'avoit mesuré avec des pots incognus et non marqués, par l'entremise et en presance de Pierre Tartarat, soy disant courratier aud. Obière, et encore de François Momy fils à Saturnin, laboureur aud. Obière, et de (en blanc) Tevenon fils à Martin, aussy laboureur aud. Obière. Et voulant se maintenir dans ses droits et possession, il auroit cru ne pouvoir se dispenser de faire assigner led. Arnaud pour par luy avoir contrevenu se voir condamner à l'amande, et led. Tartarat se voir faire deffances de s'immiscer à l'avenir dans la fonction de courratier.

[3] Les habitans, de leur part, pretandoint restreindre les deffances de vendre du vin dans le mois d'aoust à la vante du vin en detail et qu'il devoit leur être permis de vendre leur vin aux couteaux; qu'à l'egard des pots de mesure, ils recognoissoint qu'ils devoint être marqués aux armes du seigneur et devoint demeurer au chateau. Ils ont aussy recognu que l'habitant par eux choisi pour être courratier devoit être presanté au seigneur et trouvé par luy capable de lad. fonction de courratier et devoit preter le sermant devent led. seigneur ou devant son officier chacun an.

[4] De sorte que le differant des parties se recuit uniquement à l'interpretation du droit acquis au seigneur de vendre seul du vin dans le mois d'aoust et des deffances aux habitans et à tous autres d'en vendre pendant led. mois d'aoust sans le congé et licence dud. seigneur.

[5] Sur quoy les parties, pour le bien de la paix, si necessaire entre un seigneur et ses vassaux, ont convenu de ce qui suit: sçavoir est que led. seigneur a bien voulu bailler à tiltre de bail afferme auxd. habitans, pour le temps de six années, led. droit de banvin, pour par eux en jouir lesd. six années ainsy et de même qu'il pouvoit faire luy même, moyenant le prix et somme de vingt cinq livres payable chacun jour dernier aoust à commencer au dernier aoust 1724 (3) ; leur a même remis, pour le même temps de six ans, six pots de mesure de bois et ferres et deux de terre marqués aux armes dud. seigneur, moyenant le prix et somme de 6 l. par chacun an.

[6] Laquelle somme de 25 l., d'une part, et celle de 6 l., d'autre, lesd. Guillaume Arnaud et Bourchey ont promis en leur privé nom, solidairement, etc., payer aud. seigneur à chacun jour dernier aoust, dont le premier payement commencera au dernier aoust de l'an 1724. A ce faire ont obligé solidairement, comme dessus, leurs biens. Lequel seigneur, en consequance des presantes, s'est volontairement departy de l'instance par luy formée le 16 aoust dernier contre le Sr Courté, notaire, Arnaud et Tartarat, a même remis gracieusement auxd. habitans les frais d'icelle. Le tout sans prejudice des autres droits, exceptions et deffances desd. habitans, au contraire.

[7] Et seront tenus d'entretenir lesd. pots en bon etat et de les laisser de même en fin de bail.

[8] (D'une écriture différente :) Se reservant led. seigneur la liberté de vendre du vin pendant led. mois d'aoust.

Annotations de la transaction XII des droits seigneuriaux à Aubière :
(1) C. Projet informe papier libre: A. C, FF. 6, n° 1.
(2) 20 C.
(3) Deux actes de procédure de janvier 1726 (A. C., FF. 6, n° 2-3), montrent Antoine Janon fermier du bansvin du mois d'aoust moyennant 30 livres par an.



Vers Transaction XI   <>   Vers Transaction XIII